Après quelques échanges avec son petit-fils, nous rencontrons Claude Viallat, créateur des magnifiques vitraux de l’église Notre-Dame-des-Sablons à Aigues-Mortes. Peintre, fondateur du mouvement Supports-Surfaces et explorateur infatigable des couleurs et des matières, il a consacré sa vie à l’art. Voici son histoire, racontée à travers un échange exceptionnel.
Je suis allé aux Beaux-Arts à Montpellier, j'ai passé un concours pour monter un atelier de peinture et j'ai eu la chance de pouvoir le monter l'année suivante. Dès que j’ai commencé la peinture, la messe était dite.
Ce n’était pas toujours de l’amusement. Notre travail n’intéressait personne. Comme nous ne pouvions pas exposer dans les galeries et dans les musées, nous avons cherché à exposer là où on pouvait, c'est-à-dire, dehors. Nous avons travaillé autant pour l'extérieur que pour l'intérieur. Le travail a suivi.
J'essaie oui. Je n'ai jamais fait deux toiles les mêmes. Je travaille quasiment tous les jours et mes toiles ou mes objets sont relativement différents les unes des autres.
La Camargue fait partie de mon vécu et de l’air dans lequel je me déplace plus facilement. C'est-à-dire que je vais plutôt du côté de la mer que du côté de la montagne. J’ai beaucoup circulé dans la plaine entre Aubais et le Grau-du-Roi pour assister aux courses de taureaux. Aigues-Mortes a un avantage de plus, le « plan » pendant la fête c'est un des derniers avec Aubais, le village où j'ai grandi et j'aime beaucoup cette tradition.
C'est Bernard Durand qui était alors adjoint à la culture à Nîmes qui m’a contacté. Les vitraux ça ne me disait pas grand-chose parce que j'étais obligé de passer par un verrier. Je ne pouvais pas par moi-même faire les vitraux et je n’aime pas déléguer.
L'histoire d'Aigues-Mortes était un peu lourde à porter, oui. Ça me posait un problème parce que je suis protestant et que la ville d'Aigues-Mortes est une épine pour les protestants. C'était un cap à franchir bien que je sois marié avec une catholique. Ce n’était pas la parité des religions qui me tracassait le plus, c’était l’histoire des protestants. J'ai fait un vitrail où il y a une croix qui est un peu tordue et qui est un peu universelle.
J'ai commencé à travailler sans donner de symbolique à la couleur. Le verre est le lieu de passage de la lumière de l'extérieur vers l'intérieur. Les vitraux devaient avoir un extérieur et un intérieur. A l'intérieur c'est l'architecture qui les éclairait. J'ai travaillé les couleurs uniquement en fonction de la couleur à l'intérieur de l'église et de la couleur sur les pierres, la manière dont les vitraux colorent l'intérieur où les différentes parties de de l'intérieur de l'église.
Pas du tout. Monsieur Archet était un homme fantastique, gentil et courtois. Il m’a même demandé un vitrail représentant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Je lui ai répondu avec humour : Père bleu, Fils blanc, Saint-Esprit rouge. Finalement, la lumière crée le blanc.
Oui à Nevers, je n’ai pas pu l'éviter, parce qu’un ami, qui était le conservateur de Beaubourg, a insisté pour que je le fasse. Du moment où j'avais fait Nevers, je ne pouvais pas refuser Aigues-Mortes.
Je n'ai pas d'inspiration, je travaille. Je prends une couleur et je travaille cette couleur, puis j'en prends une autre, puis je travaille cette autre couleur. Je me sers de la couleur, je ne lui donne pas de symbolique. Je m'en sers comme un marqueur et en valeur et en matière aussi.
C’est ça. Moi ce qui me passionne dans Aigues-Mortes c'est que les fenêtres sont très matérielles à l'extérieur. Elles sont d’un côté comme du vieux cuir, du pain brûlé, et à l'intérieur c'est une harmonie de couleurs. J’ai travaillé les fenêtres séparément et en distribuant les couleurs à partir des fenêtres.
Des difficultés non, car j’ai travaillé avec Maître Dhonneur, un verrier Compagnon du Devoir, un homme extraordinaire et très compétent. Tout s'est remarquablement passé. Je voulais trouver une manière de supprimer le plomb. Il m'a apporté cette manière de le supprimer, le triplex, le fait de de travailler sur trois verres superposés. La fabrication, c'est un verre de couleur qui est pelliculé, la couleur est pelliculée en surface, on enlève la couleur avec de l'acide de manière à avoir la transparence.
C’est un vernis. On enlève le vernis, on retrouve la transparence du verre. Ce sont trois verres superposés, si vous avez un verre bleu dessous, un verre transparent au milieu et un verre rouge par-dessus, si vous enlevez le rouge, vous avez le bleu franc. Si vous enlevez le bleu, vous avez le rouge franc et si vous enlevez le rouge et le bleu, vous avez la transparence.
Tout ce travail sur les vitraux d’Aigues-Mortes est fait à l'acide, c'est une technique qu'il a mise au point, qu'il a inventée, que du moins il a adaptée. Je pense qu’elle devait exister pour d'autres usages, mais là il l’a mise au point et tous les vitraux qu'on a fait ensemble par la suite ont été faits comme ça. Il n’y a pas du tout de plomb.
On a gardé les barres de tiers, ce sont les croix métalliques, on peut dire les supports. Il y a une chose intéressante à Aigues-Mortes, c'est que les fenêtres sont à la hauteur des yeux. Il y a une matérialité du verre qui est très évidente.
En fait, ce sont des fragments de quelque chose qui est plus grand. Je fais une forme pour n'importe quel ordre. Je veux dire, elle n'a pas d'intérêt, elle n'est pas symbolique, elle n'est pas géométrique, elle n'est pas représentative ou figurative et elle n'est pas vraiment décorative. Je la prends dans toutes ses acceptions et chaque fois c'est le support sur lequel je vais travailler qui travaille la couleur et j'accepte la manière dont le support travaille la couleur.
Chacun y voit ce qu'il veut. C'est une forme qui est toujours en train de bouger mais de bouger de manière minuscule et c'est à peu près la même forme, c'est toujours à peu près la même forme. Je ne dessine pas ça avec précision.
J’ai un pochoir oui, j’ai toujours un pochoir, je le fais à l'intérieur, à l'extérieur. Donc c'est plus petit, un peu plus grand, mais c'est toujours dans une mesure à peu près identique. Les choses bougent, quelquefois c'est le tissu qui n'est jamais apprêté qui va capillariser énormément, la forme va se lâcher complètement, pratiquement disparaître, mais c'est comme ça, elle y est, pour moi, elle y est puisqu’elle est a été au départ. J'accepte tous les aléas.
Si je prends un tissu, quel qu'il soit, je vais travailler dessus la couleur et le tissu va modifier la couleur et je vais accepter la modification de la couleur. Donc je me mets dans une situation où, en définitive, je suis spectateur de mon travail et je l'accepte de toutes manières. Je ne me trompe jamais, je ne me trompe jamais puisque je ne veux rien et je veux ce qu'il m'est donné. Donc je ne peux pas me tromper. C'est à la fois prétentieux et modeste.
Au départ, ils ont très mal réagi. Mais je pense que maintenant, ils se sont habitués et que les vitraux sont mieux acceptés. Quand je passe à Aigues-Mortes, je ne manque pas de m’y arrêter pour les regarder.
Je crois que c'est à la fois un support de réflexion, de pensée et de méditation qui permet de s'intérioriser. Ça doit être quelque chose qui doit plutôt apaiser plutôt que de créer des conflits.
L’apaisement.
Qu'on les regarde.
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