Plongez dans l’histoire mouvementée du protestantisme à Aigues-Mortes, entre luttes de pouvoir, persécutions et résistance.
De place forte huguenote au XVIᵉ siècle à prison des réformés après la révocation de l’édit de Nantes, la cité a été le théâtre d’épisodes marquants de l’histoire religieuse française.
La Tour de Constance, symbole de foi et de courage, incarne aujourd’hui la mémoire des hommes et des femmes qui ont choisi de résister plutôt que de renoncer.
En juillet 1538, François Ier choisit Aigues-Mortes pour rencontrer l’empereur Charles Quint. Dans l’espoir d’obtenir le duché de Milan tant convoité, le roi de France accueille son rival avec faste dans la cité fortifiée de Saint Louis. Cette entrevue, marquée par de grandes cérémonies et des promesses de réconciliation, devait ouvrir une nouvelle ère de paix.
Mais les engagements pris par François Ier envers l’empereur eurent des conséquences funestes : à son retour, fidèle à ses accords, le roi ordonne l’allumage des premiers bûchers à Lyon, où périssent des protestants français. Ce tournant marque le début d’une répression croissante qui allait profondément marquer l’histoire religieuse du royaume.
Malgré les persécutions, le protestantisme se répand dans le Midi.
La cité conserve alors une garnison huguenote d’environ 2 000 hommes jusqu’en 1622, lorsque Louis XIII et Richelieu reprennent la ville. Le gouverneur protestant, Gaspard III de Coligny, rend les clés de la cité contre un bâton de maréchal de France, marquant la fin de l’autonomie protestante et le début de la répression dans la ville.
Cette période montre la force du protestantisme local et les tensions religieuses du XVIᵉ siècle.
Au XVIᵉ siècle, la France est déchirée par les guerres de Religion.
Aigues-Mortes, bastion réformé pendant plusieurs décennies, traverse périodes d’autonomie, sièges et répressions sanglantes, marquant durablement ses habitants partagés entre fidélité au roi et attachement à la foi nouvelle.
En 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes : les protestants perdent leurs droits et doivent abjurer leur foi ou fuir le royaume.
À partir de 1686, Aigues-Mortes devient un lieu d’enfermement pour les récalcitrants. Les tours de la ville, et surtout la Tour de Constance, accueillent des centaines de prisonniers. Les hommes, souvent vigoureux, sont envoyés aux galères du roi, tandis que les femmes, dont certaines restent captives pendant des décennies, subissent une détention longue et rigoureuse.
Dans les tours : promiscuité, absence de lumière, maladies et épidémies, naissances et décès dans les geôles.
Les prisonnières, parfois enfermées toute leur vie, vivent dans une misère extrême. Les lettres de Marie Durand et les registres de la prison témoignent de ces années sombres.
En 1767-1768, le prince de Beauvau, nouveau gouverneur de la province, ordonne la libération progressive des dernières prisonnières protestantes. La Tour de Constance ferme alors définitivement ses portes comme prison pour faits de religion, mettant fin à plus d’un siècle d’enfermement marqué par la souffrance, la foi et la résilience.
Transformée en symbole, la Tour de Constance est aujourd’hui l’un des lieux de mémoire les plus forts du protestantisme français. Chaque pierre semble rappeler les voix étouffées, les psaumes murmurés et la force tranquille de celles et ceux qui refusèrent d’abjurer leur foi.
Devenue monument historique et site de visite, elle incarne désormais un héritage universel : celui de la tolérance, de la liberté de conscience et du courage face à l’oppression.
L’histoire d’Aigues-Mortes, marquée à la fois par la grandeur royale, les croisades et les persécutions religieuses, rappelle combien le patrimoine peut être à la fois glorieux et douloureux.
Préserver ses remparts, ses monuments et ses récits, c’est protéger non seulement la pierre mais aussi la mémoire des luttes et des espérances humaines.
En transmettant cette histoire aux générations futures, Aigues-Mortes demeure un témoin vivant, porteur d’enseignements universels sur la tolérance et la liberté.
Place Saint Louis - BP 23
30220 AIGUES-MORTES